Les Carrières d'Euville


Evolution des techniques



Du 16ème au 19ème siècle

   Jusqu’à la fin du XIXème siècle, les techniques d’extraction n’avaient guère évoluée depuis l’antiquité. Les outils utilisés restaient le pic, appelé ici tranche, la pince, sorte de grande barre à mine, la masse et les coins.
   Tout chantier d’extraction à ciel ouvert commençait par une phase  de terrassement, au cours de laquelle on déblayait, à la pelle et à la pioche, et on évacuait la masse de terre et de roche stérile (découvert) qui couvre les bancs de pierre exploitable. Le découvert évacué était entassé face à un front de taille, formant ainsi des reiefs appelés découverts.
 La pierre d'Euville était ensuite détachée de la masse en pratiquant sur ses côtés de profondes saignées : les enjarots.
Des coins de fer garnis de paumelles de bois étaient ensuite enfoncés dans la couche de roche plus tendre présente entre les bancs.
    Lentement les coins soulevaient la garde, après cinq heures d’effort, les carriers pouvaient glisser une petite bille d’acier sous la garde. Une journée de travail acharné ne suffisait pas toujours pour que la garde soit assez décolée pour placer le fer d'un grand levier articulé : la Marie-Jeanne. 
   Pendant que 3 ou 4 carriers actionnaient ce levier, d'autres glissaient sous la garde des boules d'acier toujours croissantes, puis des dames, grands fer ronds. cette manoeuvre pouvait durer 2 à 3 jours. Lorsque enfin la garde ne reposait plus que sur les dames, il ne leur restait plus qu'à la tirer avec un  treuil, le crapaud, pour la faire tomber au pied du chantier : on renversait la garde. Il fallait 8 à 15 jours pour arriver à ce résultat. La garde couchée sur le fond de la carrière, les carriers la débitaient en blocs transportable de 2 ou 3 m3
      Longtemps on utilisa un chariot auquel 6 à 8 chevaux étaient attelés pour sortir les blocs ébauchés du chantier et les transportés au dépôt. Ils étaient amenés au pied du chariot soit en les roulant sur des roules, billes de bois cerclées de fer, soit en les bardant au quartier, c’est à dire en les faisant tourner d’une face sur l’autre. On les hissait avec un crapaud en les faisant glisser sur un poulain, grosse échelle de bois appuyée sur le chariot.



De la fin du 19ème au 20ème siècle
 
Les techniques ont progressé à partir de l’introduction de l’explosif et surtout de la mécanisation dans les carrières. L’utilisation de la poudre noire s’applique à différentes époques, à toutes les roches exploitées en Lorraine.
 A la fin du 19ème siècle apparaissent les chantiers les plus modernes avec les haveuses et trancheuses à vapeur puis électriques ainsi que les perforatrices pour les trous de mines. Les lourds chariots hypotractés sont remplacés par des wagons plats sur des voies ferrées. Dés 1918, une voie ferrée fut construite pour relier le centre d’exploitation au port de Vertuzey.

    Mais les engins les plus spectaculaires restent les pont-grues capablen de soulever 30 tonnes installés en 1895 dans les carrières Civet Pommier & Cie de Lérouville et Euville. Ces pont-grues de 30 mètres de portée reposaient à l'une des extrémités sur le sommet de la carrière et à l'autre par une pile de 30 mètre sur le fond de la carrière. Grâce à ces engins, il était possible de transporter directement les produits du point d'extraction au chariot de chargement. Conçus par P. Bajolot, il s'agit des plus grands ponts roulants jamais construits en France.



    L'enjarteur fut remplacé par une trancheuse à vapeur. Sur le sommet du banc, les carriers, foraient une ligne de trous plus ou moins espacés suivant la dureté de la roche, tous les 20 cm en moyenne et sur toute la hauteur du banc. Ce travail s’effectuait avec une grande barre de fer : le tamponnoir. Un bon carrier forait environ 1 m par jour, à ce rythme, il fallait cinq à six jours à cinq hommes pour percer tous les trous qu’ils rayaient ensuite avec une autre barre, le dirigeable. Le carrier artificier, appelé le boute feu, bourrait de poudre noire les trous qui venaient d’être percés. Grâce aux raies, l’explosion était dirigée de manière à ce qu’elle tranchât le bloc parallèlement au front de taille. Les tirs avaient lieu pendant la pause de midi.

    Après 1945, les sociétés exploitantes achètent dans les surplus de l’armée américaine des camions et leurs premiers bulldozers qui facilitent les opérations de découverte et permettent l’abandon du réseau ferré.






Aujourd'hui

    L'extraction de la pierre est assurée par 4 carriers. Le découvert est enlevé à l'aide d'explosifs et de pelleteuses.

   
    Pour l'extraction, les explosifs ont laissé la place à des scies à fils diamanté permettant de supprimer les micro fissures de la roche lors de l'explosion

    Les carriers percent deux trous dans le banc de pierre, l’un vertical vers l’arrière du bloc et un horizontal vers l’avant.  Ils passent dans la galerie, formée par la jonction des deux trous, un fil d’acier diamanté relié à une scie sur rails. La rotation du fils et le mouvement de recul de la scie sur rail permet le tranchage de la roche.


Perforeuse Scie à fil

Une fois la garde tombée au sol, elle est découpée grace à une haveuse.













































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La pierre d'Euville

Les carrières ont été ouvertes pour exploiter une pierre compacte, non gélive. Dans la Grande Carrière, le front de taille montre une succession de 5 bancs de pierre : gevaux, construction, marbrier, construction, gevaux. Le banc marbrier pouvait dépasser 8 m en façade.



Les métiers

Le chef de bloc
Le chef de bloc était un maître carrier, c’était le patron du chantier, il avait de l’expérience et la confiance des sociétés exploitantes.


L'enjarteur était le premier à intervenir sur le chantier. Son travail consistait à dégager les côtés du bloc à extraire. C'était un carrier spécialisé qui passait de chantier en chantier selon les besoins. En moyenne et par jour, il pouvait creuser un mètre et progresser d’un mètre. Il était payé au mètre creusé. Il sera remplacé par une trancheuse à vapeur puis des explosifs et enfin par une scie à fil diamantée.


Les carriers
Le bloc dégagé puis recoupé par l’enjarteur était livré aux carriers. Leur travail consistait à déliter le bloc et à le renverser. Lorsque l'enjarteur sera remplacé par les explosifs, les carriers  devront forer une ligne de trous dans toute la hauteur du banc. Ce travail s’effectuait avec une grande barre de fer : le tamponnoir. Un bon carrier forait environ 1 m par jour, à ce rythme il fallait 5 à 6 jours à cinq hommes pour percer tous les trous qu'ils rayaient ensuite avec une autre barre, le dirigeable.



Le boute-feu
Le carrier artificier, appelé le boute feu, bourrait de poudre noire les trous qui venaient d’être percés. Grâce aux raies, l’explosion était dirigée de manière à ce qu’elle tranchât le bloc parallèlement au front de taille. Les tirs avaient lieu pendant la pause de midi.



Les ébaucheurs

Les ébaucheurs formaient une équipe à part dans le chantier. Leur rôle: ébaucher les blocs, les équarrir. Le bloc était dégrossi sur une épaisseur de 5 cm, c’est le débourrage, ensuite le raffinage de la tranche sur 5 cm. Une heure était nécessaire pour débourrer 1 m2, une autre pour le raffiner. Les chutes de pierre de bonne qualité, trop petites pour être ainsi travaillées, étaient débitées en moellons, et les déchets étaient vidés sur le cavalier le plus proche.


Le mousse
Le mousse était un apprenti salarié. On trouvait des mousses sur les chantiers, dans les ateliers de taille, dans les bureaux… Sur un chantier, il aidait à tout : il servait de tireur d’écailles, il allumait et entretenait le feu pour midi, il approvisionnait le chantier en vin... C’était également lui qui marquait les blocs à la marque de l’entreprise

Extraction actuelle

Les carriers utilisent des chambres à air pour écarter la garde du reste de l'affleurement.

Elles sont gonflées à l'aide de compresseur.


Les blocs sont entreposés sur le chantier.