Les Carrières d'Euville


En bref...en presque



Un lieu chargé d'Histoire

Les carrières d’Euville ont été ouvertes pour exploiter deux grandes lentilles d’un calcaire de grande qualité. Les premières traces d’exploitation sont signalées dans les registres de compte des receveurs de la seigneurie de Commercy dès le 15ème siècle. Mais cette pierre a dû être exploitée bien avant.
Jusqu’au milieu du XIXème siècle, l’aire de diffusion de la pierre d’Euville est circonscrite à un rayon d’une cinquantaine de kilomètres pour des raisons de coût de transport.
Les études préliminaires aux grands chantiers du canal de la Marne au Rhin et de la ligne de chemin de fer Paris-Strasbourg mettent en avant les qualités techniques de la pierre d’Euville. C’est une pierre non gélive qui résiste bien à l’écrasement. Grâce aux nouveaux moyens de transport, péniches et trains, elle sera massivement utilisée à Paris, pour les chantiers haussmanniens puis, après la mise en service de canal de l’Est, à Bruxelles.

    Au début du siècle dernier, un peu plus de 2000 ouvriers travaillent dans les carrières. Un véritable village avec ses cités ouvrières, ses économats, son école se met en place au sein même des carrières. La période 1880 – 1910 est l’âge d'or des carrières d’Euville. La pierre est exportée dans le monde entier. À Paris, on la retrouve à l’Opéra, au Sacré-Cœur, au Louvre (partie édifiée après 1870), aux Grand et Petit Palais, dans les gares de l’Est, du Nord, d’Orsay…

    La Première Guerre Mondiale met un frein à l’utilisation de la pierre et si on enregistre une forte reprise des ventes après 1914, due en grande partie aux chantiers de reconstruction, la concurrence toujours plus forte du béton et les préconisations des architectes dans la mouvance du Bauhaus ou de Le Corbusier, entraîne un rapide déclin des activités à Euville. Comme après la Première Guerre mondiale, la reconstruction et la pénurie de béton, après 1945, relancent la production. Mais il ne s’agit que d’une brève reprise, la production chute rapidement tout comme le nombre de carrières en exploitation et le nombre d’emplois liés à celle-ci.

Aujourd’hui, la société ROCAMAT qui a repris l’activité et les actifs des sociétés Fèvre et Civet, Pommier & Cie, emploie cinq personnes à l’extraction dans une unique carrière à Euville. La pierre continue à être envoyée partout dans le monde (New-York, Japon, Serbie…). Les ateliers d’Euville ont été abandonnés à l’été 1991 afin de recentrer toute la production sur un site unique à Lérouville qui a fermé ses portes en 2008.

    Un paysage alliant le minéral au végétal

    L’exploitation d’une carrière marque profondément un paysage. Le couvert végétal est rasé, les couches rocheuses situées au dessus de la roche convoitée sont enlevées et entassées, dans les trous d’exploitation ou sur les côtés, formant des monticules structurés appelés à Euville des cavaliers. Un paysage nouveau est progressivement modelé. Mais l’exploitation d’une carrière a, comme toute chose, un début et une fin.
    Dés l’arrêt de l’exploitation, la végétation se réinstalle. Au début, le cortège floristique est essentiellement composé de mousses, de lichens et de quelques graminées adaptées à ce type de milieu. Très rapidement, des arbres pionniers viennent s’ajouter à ce cortège. A Euville, les premiers arbres apparaissant après l’exploitation sont des pins (planté après guerre dans certaines parcelles proche des carrières et qui ont un lieu approprié à leur développement), des bouleaux, des trembles et des saules marsault. Les arbres s’implantent dans les fissures des roches et les élargissent. La roche mise à nue par le travail des carriers est peu à peu recouvert d’une fine couche de sol. Un paysage étrange se met en place à partir d’une base minérale : un sol essentiellement composé de calcaire fissuré, des monticules artificiels recouvert d’une végétation plus ou moins dense, de grandes parois rocheuses, d’énormes galeries d’extraction, des grands « cirques » partiellement rebouchés.

            Ce milieu qui naît de l’exploitation de la roche, devient peu à peu un milieu de vie riche et diversifié. Il accueille de nombreuses espèces appréciant les environnements ouverts, chauds et secs. Diverses espèces végétales (orchidées, campanules, thym serpolet, origan, ibéris, poivre des murailles…) s’installent en bordure de chemins ou à même la roche. Des animaux thermophiles colonisent tous les types de milieu offerts par la carrière : lézard des murailles, coronelle lisse, vipère aspic, criquet, grillon, oedipode turquoise… D’autres exploitent les fissures présentes dans les grandes parois rocheuses ou les galeries : le hibou grand duc, la corneille, les chauves-souris… Certains animaux de la forêt proche y trouvent des caches et des terriers à l’exemple du renard.

            La forêt est une composante du site. Elle était présente avant l’extraction et reste dominante dans le paysage. Elle abrite une faune et une flore typique des forêts de plateau calcaire.

            L’implantation du hameau des carrières a également marqué le paysage du site. La création de jardins a amenées toutes sortes de plantes horticoles. La construction d’habitations (aujourd’hui en grande partie démolies) au pied ou sur les cavaliers a nécessité des travaux de terrassement qui ont créé des instabilités propice à l’installation d’une certaine flore.



    Un site industriel et technique remarquable

    Les carrières sont des lieux d’innovations techniques. L’exploitation des carrières s’est développée grâce à une mécanisation poussée des techniques d’extraction. A la fin du 19ème siècle, apparaissent sur les chantiers des trancheuses à vapeur puis électriques ainsi que des perforatrices. Les lourds chariots attelés à sept ou huit chevaux sont remplacés par des wagons plats sur des voies ferrées. Dès 1907, les carrières d’Euville sont reliées aux ports du canal de l’Est et à la gare d’expédition de Sorcy par une voie ferrée de 12 km. Mais les engins les plus spectaculaires restent les ponts-grues capables de soulever 30 tonnes installés en 1895 dans les carrières Civet, Pommier & Cie de Lérouville et Euville. Ces pont-grues de 30 mètres de portée reposaient à l’une des extrémités sur le sommet de la carrière et à l’autre par une pile de 30 mètres sur le fond de la carrière. Grâce à ces engins, il était possible de transporter directement les produits du point d’extraction au chariot de chargement. Conçus par P. Bajolot, il s’agit des plus grands ponts roulants jamais alors construits en France. Après 1945, les sociétés exploitantes achètent dans les surplus de l’armée américaine des camions et leurs premiers bulldozers qui facilitent les opérations de découverte et permettent l’abandon du réseau ferré.

   De nombreux outils et machines sont restées sur place après le départ des  équipes de ROCAMAT en 1991. Sur le site de la grande carrière, deux ponts roulants, deux scies à cadre (MH), des wagonnets sont toujours présents. La forge a été complétée par une collection d’outils et de machines.

  Un lieu d'animations et de Culture Scientifique et Technique

    Dans le cadre du schéma local de développement touristique du pays de Commercy, le site de la Grande Carrière a été retenu pour devenir un pôle majeur pour le développement de l’offre touristique du Pays de Commercy. Située sur un terrain communal, elle a été reprise début 2010 par la Communauté de Communes du Pays de Commercy et laissé en gstion à l’Office du Tourisme du Pays de Commercy. Celui-ci accueille depuis une vingtaine d’années des visiteurs et notamment sur le site afin de faire la promotion des carrières d’Euville. L’équipe d’animation est partenaire du Parc naturel régional de Lorraine depuis sa création et a obtenu la labellisation « charte qualité du Pnr de Lorraine ». Elle conçoit et assure en lien avec le service Education à l’Environnement de ce dernier des animations pédagogiques à destination des élèves du CP à la 1er S. 

     Dans les années 90, le site s'est développé grâce à des séjours labellisés "classe patrimoine" en partenariat avec la DRAC, mais la réduction des subventions et le manque de demandes de classes a réduit cette activité. Des animations à la journée ont alors été proposées qui connaissent une fréquentation stable d’une année sur l’autre. Aujourd’hui, la proposition de nouvelles animations et notamment d’une animation à destination des collèges a permis, en augmentant notre offre, de faire progresser la demande. Le site accueille en moyenne 2000 collégiens et 500 élèves de primaires. Afin de  l’équipe d’animation et d’en pérenniser les postes, de nouvelles actions ont été mises en place sur la base de nouveaux partenariats. Le service d’animations intervient en tant que prestataire sur le territoire « Espace Naturel Sensible - Terre de Lorraine » du Conseil Général de Meurthe et Moselle à la hauteur, cette année, de 400 animations. Cela a permis en l’espace de 2 ans de recruter deux animatrices supplémentaires à temps partiel. Des animations en partenariat avec le PnrL dans le cadre du projet « Connais ton parc » sont réalisées chaque année et permet de compléter le poste d’une animatrice recrutée en 2007. La conception d’animations et d’expositions est devenue une composante majeure du travail de l’équipe. Depuis 2005, une exposition en lien avec de la fête de la  science et proposée chaque année sur des thèmes variés et installée soit dans l’atelier des carrières soit à Commercy. Depuis 2008, le site a reçu la labellisation « Culture Scientifique et Technique » et est membre du réseau Hubert Curien (CST Lorraine).

    

    Un site en plein renaissance

    Le départ des ouvriers de ROCAMAT a laissé vides des bâtiments qui ont déjà en partie été réaménagés. En 2002, un espace a été créé au sein du grand atelier pour permettre l’accueil de tailleurs de pierre et de public. Une salle pédagogique et des commodités (WC, douches, vestiaires) ont été réalisées dans l’espace attenant au grand atelier. Les projets actuels visent à la création de nouvelles salles pédagogiques, d’une salle de projection, d’espaces muséographique, de spectacle et de restauration, ainsi que des bureaux.